FACE A LA SOUFFRANCE : Exprimer la souffrance

Publié le par May

FACE A LA SOUFFRANCE
     Gabriel Monet*
1 - Exprimer la souffrance


Depuis toujours l'homme se sent poussé à exprimer sa souffrance. Dès la naissance, Ies premières expressions du nouveau-né sont des cris de douleur, de rupture, de peur, peut-être d'inconfort. La littérature universelle surgit comme un besoin de dire Ie drame humain. Cette clameur parcourt tous Ies âges de l’histoire. II arrive même que Ies plus beaux chants soient aussi les plus désespérés, les plus douloureux. La Bible contient beaucoup de témoignages sur la souffrance : Salomon et Job ont connu et exprimé mieux que quiconque la misère humaine : l'un dans la prospérité (voir, l'Ecclésiaste) et l'autre dans l'adversité. L'un en faisant l'expérience de la vanité des plaisirs et l'autre en faisant l'expérience de la réalité de la souffrance.

La force de la tragédie grecque réside justement dans le fait d'avoir su exprimer le drame qui se joue au cœur de chaque être humain : l'homme confronté à un malheur qui est à la fois révoltant et inévitable, et face auquel il se sent en même temps victime et coupable. Le stoïcisme et la plupart des philosophies orientales ont insisté sur la valeur éthique, voire le mérite spirituel de la négation, de la répression et de la non expression de la souffrance. “Douleur, tu n'es qu'un mot” (Epictète). De nombreuses tendances religieuses, même chrétiennes, sont au contraire presque arrivées au culte de la souffrance, à travers le dolorisme et certaines formes d'exhibitionnisme sadomasochiste, à caractère religieux (flagellations, processions, cultes des viscères...).

Face à ces excès, il est important de comparer l'exemple du Christ. Il n'a pas réprimé sa souffrance. Mais ses expressions sont d'une sobriété et d'un réalisme saisissants. II dit : “J'ai soif “ (Jean 11.28). Il pleure sur Jérusalem (Luc 19.41) et sur le tombeau de Lazare (Jean 11.35). Il dit au soldat : “Pourquoi me frappes-tu ?” (Jean 18.23). Il crie son désarroi face à la solitude et à l'abandon : “Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ?” (Mt 27.46). Avec lui, je retrouve le droit d'exprimer ma souffrance et de la dire, non en l'affichant mais en ne la cachant pas à tout prix, non plus.


                                                               Suite : FACE A LA SOUFFRANCE : Expliquer la souffrance


                                                * cet article à été publié sur ce site avec l'aimable autorisation de l'auteur
                                                                                                                              http://homiletique.fr/

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